Un COLLECTIF POURQUOI FAIRE ?

Par André Duny (coordonateur de la Cen)

 

Petite incursion dans l’expérience du Collectif valentinois “Urgences sociales, logement et cadre de vie”

 

Sous cet angle :

“QUI A INTERÊT A CE QUE LES HABITANTS DE VALENCE S’OCCUPENT EUX MÊMES DE LEURS OIGNONS ? QUELQUES HYPOTHÈSES et PROPOSITIONS SOUMISES À LA DISCUSSION ”

 

(en vrai, pour la réunion de mercredi 14 03 2007)

 

Motif

Nous sommes pris par l’urgence lors de nos réunions. N’ayant pas eu entre nous des moments séparés de réflexion ou d’information ou de formation, pour expliciter nos hypothèses, pour mettre cartes sur tables, pour éviter des incompréhensions qui se paient ensuite de critiques aux personnes, lesquelles cachent les problèmes de fond, j’envoie cette proposition qui peut faire gagner du temps en préparant nos échanges. Elle était jointe au compte-rendu de la précédente réunion au Polygone, mais placée à la suite, elle a pu passer inaperçue. Quelques répétitions ont été corrigées.Pour ce qui est du « réactif » une citation :

« Au début, on dit que c’est impossible pour ne pas avoir à le tenter. Et, effectivement, c’est impossible, car on ne le tente pas » (Fourrier). J’y joins, pendant que j’y suis, des propositions pour mieux réussir nos réunions, faire qu’elles soient productives et bien vécues

Hypothèses

1-

On ne peut attendre par une sorte de lente maturation qui résulterait des seuls contacts individualisés que se monte dans un quartier un réseau de résistance étendu et des actions réelles.Une offre doit être faite pour lancer la participation, une offre qui ressemble à un catalyseur (c’est à dire un peu d’énergie extérieure ou intérieure, qui permet aux ingrédients déjà présents d’interagir, de s’assembler)

Une énergie déjà crédible comme celle du Collectif de Valence peut-il enclencher sur chaque quartier (comme décidé) une vraie mobilisation ?

2-

Même si un premier rendez vous est un round d’essai où des habitants tes viennent voir si c’est du lard ou du cochon, il peut embrayer une dynamique. Vouloir tout d’un coup un Grand Forum est utopique. Mais vouloir le reporter à longue échéance, c’est diluer l’énergie et à coup sûr liquider le projet.

3-

La création d’un dispositif pensé à l’avance (cf. comme le 10 mai 06) de prise de parole et de décision par tous tes  joue beaucoup dans la mobilisation : la motivation est proportionnelle aux pouvoirs réellement donnés ou pris par les participants. Pouvoir de parole et de décision…

4-

Démocratie (démos cratos) pouvoir souverain du peuple, délégué ou direct. Ici au moins essayons le direct, vu la faillite de la représentation. Ce qui permettra

a.     a) à minima de dialoguer avec et de contrôler la représentation

b.     b) à maxima de gérer participativement le budget logement de la ville (par exemple)

De l’horizontal. De la coordination. Pas de direction.Des réseaux locaux coordonnés au niveau ville agglo plus tard ? On peut renforcer cette idée grecque ou de la Commune de Paris par celle contemporaine d’un éco système vivant qui est bien celui où le plus de biodiversité et de synergie entre ses  éléments, sans prédominence de quelques prédateurs, sont le signe de sa meilleure santé adaptative…

5-

Etre soi-même le chemin qui mène au but ? Ou pratiquer la démocratie participative directe que l’on rêve pour plus tard, ne serait-ce pas pratiquer la démultiplication positive : un premier Forum ou Assemblée d’habitants, même de taille modeste, pourrait-il la première étape pour une second Forum plus conséquent, bref serait un lieu où toutes les présentes et présents seraient invités, selon un dispositif rigoureusement pensé, à préparer le suivant

6-

Notre Collectif est devenu le 10 mai, celui “des HABITANTS” “SOUTENU PAR”et non plus seulement un Collectif inter associatif, intersyndical, inter partis AGISSANT POUR les habitants. En clair, quand il se réunit mensuellement, il est plutôt l’exécutif des habitants ce qui suppose de réunir les habitants-tes qui puissent exprimer leurs volontés et déléguer en connaissance de cause (ou ne pas déléguer en venant à titre personnel au Collectif). Un concours de diverses choses a abouti à ce qu’en mars 07 soit 9 mois après aucune AG  n’habitant n’a eu lieu, ce qui handicape la légitimité du Collectif dit “des habitants”

7-

Pour améliorer le logement, la vie locale, ou autres actions citoyennes, l’assemblée (ou Forum) festive, culturelle, conviviale et participative, qui co-élabore en ateliers ou petits groupes ses propositions afin d’aboutir à une éventuelle décision COLLECTIVE et au CONSENSUS (en AG) en vue d’une action démocratiquement élaborée, décidée et suivie ça se voit guère, mais quand ça se voit ça semble mobiliser (cf. à Toulouse, St Etienne)

8-

Pour que les milieux populaires élaborent leurs urgences et questions à eux, et recherchent par eux-mêmes les solutions compte tenu des arts et traditions populaires et du désenchantement terrible qui existe dans les lieux de bannissement (les banlieues) ça nécessite de créer un évènements à la fois convivial (repas en commun pour que se nouent des liens horizontaux), culturels (cultures populaires), on l’a dit, mais aussi musical (bat’d’af ou concerts des musiques de tout pays, car il ouvre au ré enchantement du monde et à l’envie d’action sur lui. Alors que la convocation à une simple AG décourage sachant à l’avance qu’elle risque d’être un champ clos de lutte pour la parole et pour la décision à « l’arrache » au profit des institutions déjà bien rodées, prêtes à agir au nom du peuple mais souvent à leur profit.

Coordonnées ces assemblées pourraient faire  une AG de ville consistante, où la décision résulteraient des multiples point de vue

9-

Une vision plus humaniste de l’histoire de l’humanité et des dominés, un pari plus optimiste sur les capacités des gens non instruits (tous capables !), une  représentation plus riche des potentiels de perfectionnement et de résilience des gens en galère, l’histoire des libérations collectivement réussies, l’expérimentation des cultures de coopérations à travers jeux et spectacles critiques, etc. peuvent contribuer à la réussite des démarches participatives, de résistance et d’alternative…

Dans un système qui ne connaît que le consommateur, invité à toujours plus consommer, que le spectateur invité à se laisser faire, que l’individu stratège égoïste, calculant son retour sur investissement, que les marchands de rêves individuels et d’évasion, qu’une société de concurrence pour le pouvoir la promotion personnel et l’argent il est vital qu’une autre vision de l’homme soit investie dans les actions de changement, sans quoi les vieilles logiques capitalistiques s’y reproduisent par le jeu des habitudes inconscientes des servitudes involontaires ?

10-

Le logement, c’était ce qui apparaissait le plus criant aux présents en déc. 05 à la rencontre entre 60 personnes…Mais ce n’était pas le seul ! Pour ne pas perdre le travail déjà fait, il faut  trouver dans ce premier palier, de quoi créer un second rapport de force (le premier réussi en Mairie en juin 06, c’est déjà bien loin)

11-

Sans méconnaître, au contraire, les cultures de classes et d’origine, et la culture scolaire (d’obéissance) qui nous traversent et nous font agir à notre insu souvent pour la reproduction plutôt que l’invention du nouveau, ne nous faut-il pas

-renverser  en nous et partout les habitudes de “faire à la place” en apprenant à autonomiser les mouvements, les réseaux, groupes, associations et en les quittant dès qu’autonomes

-l’apprendre en le faisant et en le conscientisant

-ensemble avec les populations des quartiers au-delà des tentations de patriotismes politiciens et associatifs, en rassemblant les individus, groupes et réseaux informels, les associations, d’habitants de base (cf. ce qu’on a réussi le 10 mai 06 à la Maison des syndicats)

12-

Cela nécessite

-des alliances entre gens issus des classes moyennes et gens moins favorisés au service de la décision commune

-sans prééminence de la classe moyenne instruite

-plutôt sur la durée,

-dans l’alliance organique, en intellectuels collectifs, entre savoirs « experts » et savoirs populaires,

-en Collectifs divers au service de la société civile mobilisée

-selon une démarche réellement participative et de projet  mais dans l’objectif de changer le réel

13-

-Autrement dit, la seule vraie politique en faveur des pauvres ne peut être réalisée que par les pauvres eux-mêmes leur coalition, leur mobilisation, leurs alliés.

14-

La reconstruction écologique des quartiers contre l’effet de serre (immeubles bio climatiques, jardins, buanderies collectives, relocalisations économiques, transports propres, etc.) ne se conçoit pas sans ceux qui y ont le plus intérêt, mais ne le savent pas toujours 
d’où l’intérêt de l’éducation populaire nouvelle à objectif de conscientisation

15-

Une éducation populaire nouvelle agissant dans une sorte de tricotage entre  les savoirs et cultures populaires, la lutte sociale et écologique, et des savoirs « transformateurs » et engagés, de compréhension du monde, savoirs outils de la promotion sociale collective et de la sauvegarde de la planète et non plus simple objets monnayés en promotion personnelle dans les hiérarchies sociales…

ET POUR TERMINER :

L’hypothèse première qui avait fait consensus entre nous depuis décembre 2005 (réunion  de lancement à 50 personnes) et réaffirmée le 10 mai (AG habitants une cinquantaine, et associations partis syndicats) : on ne réussira pas à améliorer l’offre locative sociale HLM et soulager les habitants sans les …HABITANTS TES eux mêmes !

 

En clair sans CREER un rapport de force non violent mais suffisant pour faire reculer les redoutables forces

-qui dominent la ville, son patrimoine foncier et immobilier

-qui a tout pouvoir aux HLM et en Mairie, y compris de trier de façon ethnique les dossiers

-qui gouverne  au seul profit des classes possédantes et leurs alliés des classes moyennes étant eux mêmes de cette classe : la ségrégation urbaine s’accélère à Valence autour des restructurations des bds V Hugo et Clerc et des démolitions dans les quartiers, visant à assainir le grand centre ville et à repousser les  pauvres de toutes origines loin des zones contrôlées, quitte à passer bien en dessous des 20% de la loi ANRU et payer une des minables amendes prévues par ceux du gouvernement, du pouvoir politique, ceux là aussi de la même classe qui accélèrent l’emprise des marchés sur tous les aspects de la vie urbaine (et rurale)

Ici à Valence, les structures et associations de quartier se voient déshabillées ou carrément asséchées  subventionnées dès lors qu’elles essayent de travaillera l’émergence d’une conscience citoyenne participative, à la reprise de confiance en eux des simples habitants citoyens de base (exemple le démontage de la MJC Mandela, l’absence de salles de réunion, de moyens, et l’excitation aux divisions ethniques par le  noyau qui a pouvoir en Mairie aux HLM (l’état se montrant même pas en état de faire appliquer la loi ANRU)

Ne faut-il pas en parler ?  André Duny pour  urgencesociale26@wanadoo.fr

 

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