Nous vivons une époque formidable…ment terrible mais ce n’est pas la première fois !

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Dans le réseau Banlieues d’Europe, nous voyons s’amenuiser les soutiens voire même l’intérêt pour des actions culturelles menées dans les quartiers, dans des banlieues où des citoyens vivent à un niveau social et économique bas. On le sait : la situation de ces personnes cumule souvent les difficultés à cause d’un capital socio-éducatif peu élevé, résultat  notamment « acquis » par un cursus scolaire où se pratique une discrimination négative analysée scientifiquement depuis plus de quarante ans.

Peut-on aujourd’hui encore se poser la question d’un rôle discriminatoire mais positif de la culture ? Et bien peut-être que non !

Car quels sont les enjeux actuels des politiques culturelles ? On peut douter qu’on veuille encore exercer des missions culturelles au profit de tous, en prenant en compte les différences qui existent entre les personnes et les groupes sociaux. On peut regretter de lire, de moins en moins dans les axes d’action culturelle, un rôle majeur assigné aux pratiques culturelles en vue de l’émancipation différenciée de tous les citoyens. Plus de politique culturelle concernant de manière discriminée tous les citoyens. Plus question de discrimination… La question serait progressivement enterrée.

Pourquoi ? Pourquoi diminue-t-on, jusqu’à les faire s’éteindre, les moyens qui servent à mener des politiques dont, au contraire, l’ampleur est nécessaire ? Pourquoi enterre-t-on rapidement l’intérêt pour la production artistique des banlieues,  manifesté, en France – notamment depuis le début des années 80 – et qui a eu un effet démultiplicateur certain au niveau européen ?

La création artistique réalisée par et avec des gens des banlieues doit être valorisée : elle est ancrée dans leur situation, dans  leur condition. Elle s’envole avec leurs rêves : ceux  que l’on peut faire dans une Europe qui dit vouloir intégrer et voir participer tous ses citoyens, dans une union qui se revendique de valeurs démocratiques.  Mais la réalisation de ce projet risque d’être bancale si les programmes politiques ne prennent pas davantage en considération toutes les populations pour leurs apports culturels. Et non pas seulement pour leurs apports économiques ! Or les cultures populaires, les cultures des « gens d’en bas » [1], les cultures des banlieues ont montré le rôle puissant qu’elles peuvent avoir en terme de mobilisation des corps et des esprits. Pensons, par exemple, aux cultures urbaines que Banlieues d’Europe vient de valoriser, lors de rencontres organisées à Bruxelles avec sept partenaires européens, de la Finlande à la France en passant par la Grande Bretagne,  les Pays-Bas et la Belgique. Ces rencontres ont montré, une fois de plus, que des jeunes générations ont produit une esthétique et une culture propres, les ont mises en œuvre, ont démontré leur capacité de création et d’apport culturel, social et politique à la société.

Il faut que l’action politique, la gestion de la cité prenne aussi en compte ses citoyens pour l’expression de leurs imaginaires et pas seulement pour leurs devoirs de producteurs, pour leur capacité à créer y compris dans le domaine artistique, à communiquer, à se faire connaître : riches et volontaires, désireux de construire un avenir dans les états qu’ils constituent, de le mettre en forme grâce à divers langages et par delà de favoriser le débat démocratique.  

Une des obligations politiques, dans nos pays démocratiques, vient d’un engagement fort inscrit dans la déclaration universelle des droits de l’homme : « Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent».

Il y a donc une obligation pour nos états et nos collectivités démocratiques de permettre la création culturelle par et pour tous. Celle-ci, telle une  transmutation alchimique, fait qu’une pensée, un mode de vie, des us et coutumes, des rêves  changent en quelque sorte de substance et passent d’une « nature vile» à une « nature noble » grâce à la culture. N’est-ce pas mieux que de transformer les relations humaines en consommation de culture et les humains eux-mêmes en con sommateurs ? N’est-ce pas mieux que de transformer les hommes et les femmes en objet de consommation jusqu’à nous réifier voire nous déshumaniser, ainsi qu’il en va dans les jeux virtuels du cirque que nous connaissons aujourd’hui ?

 Au tout est permis du prémâché soi disant culturel jusqu’aux jeux de meurtre auquel on peut participer parce que virtuels, préférons le tout est permis y compris le rêve parce qu’incarné dans une production culturelle partagée  avec les voisins : personnes ou quartiers, villes ou pays, nations ou continents.

Nous vous convions à y réfléchir quand on sait qu’il arrive  « parfois » que certains en viennent aux tueries réelles suivies dans la foulée par l’émotion et la compassion de nations éberluées de ce qu’elles couvent en leur sein.

Yvette Lecomte, Présidente de Banlieues d’Europe

[1] Pierre Sansot, Paris, PUF, 1992

A lire aussi : http://www.humanite.fr/le-pouvoir-organise-laculture-generale-571127  

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