Quand le monde change, habiter est-ce seulement se loger ?

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Entre béton et bouleau, local et mondial, social et spatial, insécurité et urbanité, tour d’ivoire et villa de rêve, solitaire et solidaire, génie du lieu et fractures sociales, rêve de terre et terre de rêve…

Source dessin : Arcane 18 favorise les échanges entre les habitants du quartier

Se loger c’est d’abord chercher ou trouver un volume hors d’eau hors d’air ou s’abriter des rigueurs du monde.

On y cherche aussi des correspondances avec notre intime. Le même mot d’intérieur pour dire les deux refuges…
Loin du monde et du bruit, on souhaite y goûter, seul avec les siens, chacun chez soi à l’ombre du monde, l’ombre et le frais…

Un monde auquel on ferme sa porte ne finit-il pas par toujours revenir par la fenêtre ?
Il fait chaud trop chaud pour la planète… Des ouragans sont annoncés…

Certes, si on a les moyens, si on trouve l’endroit, on peut opter pour le rêve vert d’une maison sans pétrole, bioclimatique, plein sud, bien isolée, bien empaillée, bien bois, bien végétalisée, où il fait bon vivre avec les siens dans des pièces naturellement tempérées par le sol rafraîchissant l’été, tempérant l’hiver et par le soleil rasant de l’hiver, par l’eau, les plantes d’une véranda.

Mais le monde s’invite toujours même derrière des fenêtres triple vitrage : ici une campagne où se déversent 80 000 tonnes de pesticides annuels sur une terre nourricière devenue de plus en plus toxique, là des immeubles et du béton à l’infini, des voitures qui puent, d’élégantes toitures de supermarché au loin, la misère sociale casée quelque part au loin en HLM ou allongée sous l’escalier du hall d’entrée…

Mais luxe suprême, quelques platanes ou peupliers caressent toujours des balcons du bas.
Le monde devient dangereux à vivre, le climat se gâte, le lien social éclate.
Villes asphyxiées, malades de l’énergie carbonée pas chère, sociétés locales malades des délocalisations.

On peut être inquiet de son confort et de son bien être personnels tout en étant inquiet de l’effondrement de la biodiversité autour de soi, entre maïs et vigne (mal) traités, bitume et béton…
« Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre » dit le chef indien Seattle.

Si l’on habite comme 90% des nationaux en ville on voit des gens dormant sans toit, qui font mauvaise conscience au moi refermant sa porte sur un appartement douillet.
On a mal à s’habituer lentement à ce monde fracturé de malheurs qui finit par s’infiltrer dans nos intérieurs.
Invisibles sont les millions de pauvres solitudes, qui ne se chauffent plus qui mangent à la queue leu leu au restau du cœur ou dans les poubelles derrière le hangar du Super à Tournon.

Habiter, c’est plus que regagner son logement, c’est s’arracher au stress social ambiant entre la misère des imaginaires en proie au superfétatoire des caddys, ras les saucisses et bas résilles, les voitures quatre par quatre en voies expresses, les violences de l’indifférence, les invisibles vies perdues à la gagner, les délocalisés pour l’actionnaire en croisière entre Sicile et Cavalaire.
Si le climat se gâte si le lien social éclate si le poisson s’épuise, si l’Australie flambe, si le Bengladesh ruisselle, si le crash alimentaire éclate, il est toujours temps de se retirer à l’ombre et au frais loin du monde et du bruit.

Se loger serait ouvrir alors des lucarnes sur d’autres ailleurs entre canapé et canal plus, entre Tchat et TV HA, hippopotames du Kenya et neiges du Kilimandjaro ?

La voisine a mis son balcon au vert.

Habiter ne serait pas plutôt  dans le même mouvement tisser du lien en mettant de la variété végétale dans la vie entre voisins ?
Ce serait choisir de redonner un habitat sain aux végétaux y compris sur un bout de terrain ingrat, de faire refleurir une terrasse, un balcon, une véranda, un bout de trottoir, un terrain vague…

Apprivoiser les potagères…

On pourrait peut-être amorcer un brin de sortie simultanée de la misère et de l’isolement par la révolution d’un brin d’herbe… De quoi enfanter une part de nos rêves d’enfance et retrouver la sérénité que nous avons perdue entre nature dénaturée et société désocialisée pacotilles et coteries…
Si on relocalisait entre voisins et pas seulement entre soi, du centre à la banlieue, du bourg au village des variétés florales, fruitières ou potagères anciennes ?
Un peu de soin quotidien collectif à une parcelle de cette terre qui nous a fait vivre durant des millions d’années…
Un petit geste quotidien concerté de nature à nous élever au-dessus de notre humaine nature isolée, désormais dénaturée et ou déshumanisée.
S’occuper ensemble de ce grand Autre vert ne nous nous rendrait-il pas meilleur à notre prochain, de proche en proche, à chaque couche nouvelle de compost, à chaque nouveau plant, à chaque germination, à chaque mangement partagé ?
Des millions de réfugiés climatiques déjà et des millions d’ha de terres en proie à la spéculation, déjà 1/3 des espèces menacées de disparition à court terme, l’humus infertile  sous le Rundop et 2 milliards d’humains qui ont faim…

C’est alors qu’habiter ce serait fuir vers la dernière mare pour un style de vie groupé et plus sobre, immergé dans la mère nature, pour revivre à méditer les soirs d’orage à écouter les palabres des grenouilles sous les fenêtres, à accueillir en ami, dans une flaque ou une mare à la campagne retrouvée, batraciens, abeilles et hérissons menacés d’extinction, humains menacés d’expulsion, à soigner la terre qui nous soigne, à ré-humaniser la société qui nous humanise, bref revivre à la campagne et refaire ce qu’ont fait nos aïeux pauvres et généreux, dont les avoirs se résumaient à leurs savoirs, Savoirs qui se meurent avec eux au fond des maisons de retraite, loin du monde et du bruit… Et pas toujours au frais.

Habiter ce n’est plus attendre sur les pas de sa porte que le couchant rouge orangé à l’infini annonce une nouvelle tempête de sable sur une Terre devenue un désert et  l’air devenue irrespirable comme dans les Chroniques martiennes de ray Bradbury.

Habiter serait alors de sortir de son logement pour fomenter l’insurrection jardinière, semer tout alentour du trottoir à la friche alentour un peu de cette biodiversité sur quelques mètres carrés…

Oui mais la terre c’est le goudron en ville. La campagne est loin derrière les élégantes toitures de supermarché au débouché de la voie expresse, et de ses voitures qui puent quatre par quatre…
Les enfants savent que le lait c’est bien Carrefour qui le coule. Il y a longtemps que les vaches ne sont plus qu’une image virtuelle des lucarnes sur d’autres ailleurs entre canapé et canal plus, entre Tchat et TV HA, hippopotames du Kenya et neiges du Kilimandjaro…

Se loger ce serait donner droit de cité à la nature en ville, faire village local en association pour remettre un peu de la campagne d’antan ici même…
Pourquoi ne pas mettre en potager urbain les pelouses des HLM vouées aux crottes des chiens ?
Pourquoi ne pas développer des terres nourricières citadines sur les friches, rejoindre l’aventure des jardins partagés mettre en scène le compostage Bokashi des déchets verts qui  nourrira les bacs à endives bio pour l’hiver ?
Pourquoi avec un pas de plus ne pas se rassembler dans une démocratie non de paniers pour fortunés mais d’économie nourricière pour les moins fortunés décider avec le quartier les Conseils à sauver les ceintures vertes en y relocalisant de quoi nourrir les populations déshéritées par le Système des nécro carburants affameurs.  Manger ou rouler il faut choisir !

Des coopératives maraîchères d’emploi et de formation que les bobos financeraient par les crédits d’une tontine de quartier comme dit la Cen où les pauvres et quelques autres diplômés en ras le bol investiraient la terre nourricière y goûteraient au soir venu l’ombre et le frais …
On verrait alors des charrettes de choux et tomates quatre par quatre sans dépenser une goutte de carbone mortifère venir livrer en direct le magasin de  producteurs du quartier bio la carotte moins chère qu’au Super le poireau pesticidé… Mais, en chemin, il faudra juste recueillir de quoi fermenter les composts.

C’est aussi habiter la société des hommes qui nous a fait et que nous faisons souvent « à l’insu de notre plein gré ».
C’est partager la ressource les savoirs et savoirs faire, les pouvoirs et les avoirs au niveau du territoire et du monde, et d’abord du territoire ou en même temps…
Commencer en y partageant les idées pour partager le budget de la cité voire la coopérative de crédit local pour ce faire, quand les riches n’ont que faire de leur argent dans les carottes de banlieues, et de là en courts-circuits villes-campagnes des tomates moins chères en bio que celles pesticidées en hyper et super marché ?

Étant donné que le partage d’une idée  à deux la multiplie quand le partage d’un œuf le divise.

Le monde devient dangereux le climat se gâte le lien social éclate, l’humanité a faim…

On peut par exemple réserver des locations au prorata des revenus en coopératives d’habitants ou SCIC, faire construire à plusieurs par les sociétés HLM, ou en privé SCI, l’immeuble dont on rêve, et dont on fait les plans avec l’architecte pour, en le concevant ensemble, le vivre ensemble, à commencer par sa réserve d’eau de pluie, sa phyto épuration, et le lieu de tout le lien social le jardin partagé d’immeuble à ses pieds voire les coopératives relocalisées ?

Peut-être que chercher à se loger deviendrait à habiter notre créativité sociale collective dans une niche écologique retrouvée, rechercher de l’autonomie individuelle dans de la convivialité sociale…

C’est possible, cela se fait.
« La Terre n’appartient pas à l’Homme, l’Homme appartient à la terre », dit le chef indien.

Habiter serait relocaliser et délocaliser une démocratie économique de convivialité et le satisfaction plus sobre des besoins, soit dans une nature nourricière, soit une ville re-naturée afin que tous trouvent à vivre dans un environnement de qualité ni assourdissant, ni asphyxié, ni toxique, ni éloigné du travail, ni des terrains de jeu, ni des forêts.…
Ce serait retrouver la sérénité que nous allons chercher dans le mensonge du logement isolat, au cœur d’une tour d’ivoire, ou d’une petite maison dans la prairie, ces refuges illusoires de nos rêves d’enfance .
Habiter ce serait alors retrouver le vernaculaire, tout autant que l’énergie perdue de nos rêves, réapprendre à vivre ensemble sur quelques Km2 sans prédateurs ni prédés dans la synergie d’un éco-socio-système ou les diversités, sociale comme biologique, pourraient, en se tricotant, rapiécer leurs tuniques déchirées…

André DUNY

PS : alors  pour vous : se loger ou habiter ? Habitat subi ou choisi ? Lutte des places ou des classes ? Chacun chez soi ou tous ensemble ? Foncier collectif ou propriété individuelle ? Misère rangée quelque part ou émergence politique des dominés et de la société civile ?

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2 commentaires sur “Quand le monde change, habiter est-ce seulement se loger ?”

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