Gaz de schiste : jusqu’au bout de l’impasse écologique et économique

La France a épuisé ses ressources en charbon, le pétrole et le gaz, exploités de manière dite conventionnelle, sont en voie de diminution dans les pays producteurs. Mais dans un monde qui ne jure que par la croissance, économique et démographique, les décideurs ne veulent pas remettre en cause leur philosophie du développement et nient l’évidence, celle de la saturation en matière de recours à l’énergie. Il s’agit, pour eux de reculer l’échéance fatale, à savoir le moment où le modèle actuel de société s’effondrera, avec l’homme, tel un château de cartes.Dans cette fuite en avant face à la pénurie des énergies, la seule chose qui semble compter (avec les gains financiers) c’est de sucer la terre jusqu’à la moelle en sacrifiant au passage son environnement et son climat. Cependant tout ne se passe pas toujours aussi facilement que prévu, et la résistance citoyenne s’organise, même s’il faudrait être devin pour savoir si elle vaincra où si elle sera écrasée par les forces multiformes et tentaculaires qu’elle a face à elle.

Ainsi, lorsque, début 2011, la vigilance de lanceurs d’alerte met à jour la question du gaz de schiste en France, c’est la consternation alliée à un vent de révolte qui se fait jour. On s’aperçoit que notre sous-sol, qui appartient à l’Etat, est truffé de permis à l’instruction pour l’exploration de gaz de schiste, tandis que certains ont déjà été accordés, le tout réalisé sans publicité, avec la plus grande discrétion des pouvoirs publics. Sont essentiellement concernés la moitié est du territoire, de la Lorraine puis du Jura aux Alpes et Massif Central jusqu’à la Méditerranée, ainsi qu’une partie est du Bassin Parisien.

Les compagnies gazières sont prêtes, à ce moment, à entamer des forages, dans un premier temps pour évaluer la ressource. Mais c’est sans compter sur une mobilisation citoyenne extrêmement rapide et forte qui embrase les terres insoumises de l’Ardèche jusqu’au Larzac. Les manifestations se multiplient, avec chaque fois des milliers de participants, et en point d’orgue,  la première journée nationale contre le gaz de schiste à Villeneuve de Berg (Ardèche).

Le pouvoir sarkozyste qui voit poindre un risque de soulèvement populaire avant l’élection présidentielle se décide à calmer -provisoirement- le jeu, en retirant les trois permis contestés au sud

de la France (Villeneuve de Berg, Nant, Montélimar). Quelques mois plus tard, le 13 juillet 2011, sera adoptée la loi Jacob interdisant la technique dite de la fracturation hydraulique. Aux yeux des grands médias qui font passer ce message à l’opinion publique, l’affaire est close. Mais elle ressurgit par un lobbying très actif durant l’été 2012 où l’on entend  dans les médias l’omniprésent président de l’Union des Pétroliers, Jean-Louis Schilansky, vanter les mérites du gaz de schiste.

François Hollande réaffirme sa foi dans la loi de juillet 2011 et annonce, à l’issue de la conférence environnementale le 14 septembre 2012, le rejet de sept permis. A l’unisson les médias, dont le discours stéréotypé arrive à saturation d’arguments, affirment à nouveau que le gaz de schiste c’est fini.

Une nouvelle alerte pointe cependant à l’horizon en 2013. La société Schuepbach, qui était titulaire des permis de Nant et de Villeneuve de Berg pose une QPC (question prioritaire de constitutionnalité) qui  sera rejetée en octobre 2013 par le Conseil Constitutionnel. La loi de 2011 est ainsi confirmée. Mais, dans un suspect manque de curiosité, les médias oublient de signaler que le territoire reste truffé de permis à l’instruction, ou validés, qui peuplent le sous-sol. Il y en a près d’une centaine, qu’il s’agisse de gisements dits conventionnels  ou non conventionnels, la différence devenant de plus en plus difficile à faire entre ces deux types de gisement qui nécessitent que soit utilisée une technique de stimulation pour récupérer gaz ou pétrole de schiste.

Prenons l’exemple du secteur (Haute-Savoie, Savoie, Ain) où a été créé un collectif contre le gaz de schiste, fonctionnant sous forme d’association depuis le printemps 2012 et au sein duquel milite l’auteur de ces lignes.

Un permis à l’instruction a bien été retiré (celui dit Lyon-Annecy), mais sur quasiment le même territoire subsistent deux autres permis toujours à l’instruction, ceux dits de Blyes et de Gex Sud. Des permis auxquels se rajoutent deux permis déjà octroyés, et un autre toujours à l’instruction (1)

 

La pollution condition première de l’exploitation!

 

Comme le montre le film « Gasland » réalisé aux USA par Josh Fox en 2010, l’exploitation du gaz de schiste est souvent catastrophique pour l’environnement et les populations. La technique de la fracturation hydraulique suppose de faire éclater la roche mère en grande profondeur et de faire remonter à la surface le gaz (méthane) qu’elle contient. Pour cela les grands moyens sont nécessaires. Un forage suppose un percement vertical, souvent de  l’ordre de 3000 mètres pour arriver au niveau de la roche mère, suivi, sur 2 à 3000 mètres d’une percée horizontale, là où il s’agit de récupérer le gaz.

La technique a été expliquée à maintes reprises et il nous semble inutile d’y revenir largement. Rappelons qu’elle suppose l’utilisation d’énormes quantités d’eau -à tel point qu’à l’été 2012 aux USA, il a fallu arbitrer entre l’extraction de gaz de schiste et l’agriculture, suite à la sécheresse ambiante.

En profondeur la totalité du gaz ne peut être récupérée. Une partie du gaz et de l’eau polluée par des produits chimiques nécessaires à la fracturation peuvent migrer dans le sous-sol jusqu’à la surface, surtout lorsqu’il y a un problème d’étanchéité au niveau du tubage du forage. Un constat peu rassurant, notamment dans les zones karstiques, comme les Préalpes françaises, où les réseaux souterrains et les failles dans les roches sont mal identifiés. L’agence fédérale américaine, dans un rapport d’étape publié en novembre 2011 (2)  révèle des cas de pollution relatifs aux activités gazières : contamination de l’eau par les hydrocarbures, baisse de la ressource en eau, augmentation de la salinité, épandage de boues de forages, fuites du liquide de fracturation. Nous ajouterons le risque sismique, modéré mais existant, identifié à Blackpool (Grande-Bretagne) et dans l’Etat du Cohahuila, au Mexique, près de zones de forages.

Dans le même temps, en surface, il faut traiter l’eau polluée. Qui plus est, une partie du gaz de schiste (méthane) récupéré s’évade dans l’atmosphère entraînant avec lui des polluants. De l’ordre de 4% du méthane se disperserait dans l’atmosphère selon le Journal of Geophysical Research, cité dans le même article du journal « Le Monde ». Or le méthane est un gaz à effet de serre plus redoutable que le CO2.

Enfin, en surface, les terrains immobilisés lors des opérations de fracturation sont autant de verrues sur un territoire qui peuvent perdurer alors que la question de l’espace, de la subsistance de zones naturelles et agricoles, déjà mises à mal par l’expansion urbaine, se posent avec de plus en plus d’acuité.

 

Les docteurs Folamour de la croissance vont se fracasser contre le mur du réchauffement climatique

 

 

A l’heure où -entre autres-  la Chine et les USA, principaux générateurs de gaz à effet de serre, espèrent construire leur « indépendance énergétique » en consommant toujours plus, et en se débarrassant des contraintes liées à de possibles restrictions d’approvisionnement dans les pays traditionnellement producteurs d’énergie, fragiles politiquement, et à la merci de conflits, la parole prophétique d’Ivan Illich (3) mérite d’être entendue :

« Le surpeuplement rend plus de gens dépendants de ressources limitées, la surabondance oblige chacun à dépenser plus d’énergie et l’outil destructeur dégrade sans bienfait cette énergie »

Et encore : «Davantage de croissance conduit obligatoirement au désastre, mais celui-ci présente un double visage. L’événement catastrophique peut être la fin de la civilisation « politique » ou même de l’espèce « homme ». Ce peut être aussi la Grande Crise, c’est-à-dire l’occasion d’un choix sans précédent ».

Sommes-nous à l’aube de cet événement catastrophique ou de la Grande Crise évoqués par Illich? Peut-être que nous sommes même  déjà entrés dans ce cycle qui mène au mur contre lequel on va se fracasser si l’on en croit les données concordantes émanant de l’Organisation Météorologique Mondiale (l’OMM) et de la Banque Mondiale. L’OMM a relevé qu’en 2011 la teneur de l’atmosphère en gaz à effet de serre a atteint un nouveau record, la Chine arrivant en tête avec ¼ du total mondial devant les USA, l’Inde, la Russie, le Japon, l’Allemagne. Selon la Banque Mondiale il faut s’attendre à une hausse de la température terrestre de +4° à l’échéance 2060, si la tendance actuelle se poursuit. On est bien au dessus du seuil de saturation, des 2° couramment admis comme supportables. Les prévisions déjà pessimistes du GIEC sont dépassées, témoin la banquise qui se réduit comme peau de chagrin. Selon Stéphane Hallegatte, économiste à la Banque Mondiale « les discours sur le pétrole et le gaz de schiste montrent que nous sommes devant une bifurcation. Si l’Europe et les Etats-Unis veulent créer de l’emploi avec des énergies fossiles peu chères et si les pays pauvres se développent de même, impossible d’inverser la tendance » (4). On se trouve donc actuellement face à deux impasses intimement liées : celles du gaz de schiste et du réchauffement climatique, en convenant que le gaz de schiste n’est évidemment pas la seule cause du réchauffement climatique. Alors que l’atmosphère sature en gaz à effet de serre, les docteurs Folamour qui gouvernent nos économies prédatrices, vont shooter notre monde en gaz de schiste, ce qui va prolonger le régime de l’économie carbonée. Avant d’inventer autre chose car même le gaz naturel va arriver à saturation, si l’on en croit Henry Jacoby (5) co-directeur du Massachussetts Institute of Technologie (MIT) : « le gaz naturel est une ressource finie. Nous nous heurterons finalement à l’épuisement et à un coût plus élevé ». Gageons que les tenants de la croissance exponentielle trouveront autre chose!

La machine infernale est sur une route sans issue. De la même manière que Arthur Koestler brossait, dans son ouvrage les « call-girls », la vacuité d’un symposium de réflexion censé empêcher une troisième guerre mondiale, politiques, scientifiques, ONG et associations se réunissent mais leurs palabres ne sont pas à hauteur des enjeux. A Doha, au Quatar, champion du monde d’émission de gaz à effet de serre par habitant, les pays les moins gourmands en énergie ont essayé -en vain- de prolonger le protocole de Kyoto dont les objectifs, modestes, et non partagés par les grands pollueurs dont les USA, qui ne se réfèrent pas à ce protocole, n’ont même pas été atteints.

En France le gouvernement et les parlementaires ont timidement pris la voie de la transition énergétique. Mais la loi n’a guère satisfait les associations environnementales qui trouvent les objectifs trop limités.

 

En France on temporise pour ne pas insulter l’avenir!

 

Le gaz de schiste, c’est comme une pieuvre dont les ramifications s’étendent dans de nombreux pays du monde. Après les USA, indiscutables pionniers -où les forages se comptent par centaines de milliers- l’exploitation s’apprête à franchir les océans. Les Chinois ont déjà commencé à prendre le virage. Et quand on arrivera au seuil de saturation chez l’oncle Sam, d’autres pays seront sur les rangs. Le gaz de schiste c’est un peu la théorie des dominos. En Algérie (Le Monde du 25 novembre 2012) le gaz naturel extrait de manière conventionnelle devrait tout juste permettre de satisfaire la consommation intérieure d’ici une dizaine d’années. Fort d’une estimation -non prouvée- de 17 000 milliards de m3, le pays va se lancer dans l’exploitation du gaz de schiste. La Tunisie et la Libye (Courrier International du  6 au 12 décembre 2012) envisagent de lui emboîter le pas, malgré le stress hydrique des pays du Maghreb.

En Europe les regards se tournent d’abord vers la Pologne. Le contexte politique et historique de ce pays est certainement un atout pour les sociétés gazières qui espèrent sans doute moins de résistance citoyenne que dans d’autres pays. Mais dans les zones rurales concernées par de futurs forages une contestation virulente se développe. Cependant rien n’est gagné : la Pologne vit sous la crainte d’être dépendante de la Russie en matière d’énergie (elle l’est actuellement à 70% pour le gaz). Cela fait remonter les souvenirs, encore frais, de l’appartenance au bloc soviétique. L’invocation de l’indépendance énergétique sera certainement largement utilisée, mais il y a tout de même un problème à l’horizon. L’agence américaine d’information sur l’énergie évaluait, comme rappelé par Jacques Cambon (ATTAC, co-président du collectif contre le gaz de schiste des pays de Savoie et de l’Ain) la ressource en Pologne de l’ordre de 5300 milliards de m3. Des chiffres revus à la baisse après les premiers sondages par l’Institut National de géologie de Pologne qui annonce une fourchette allant de 350 à 770 milliards de m3, soit environ  dix fois moins. La saturation pourrait arriver plus vite que prévu! Quoi d’autre après le gaz de schiste ?

En France l’estimation est à peu près du même ordre qu’en Pologne (5100 milliards de m3), mais qu’en est-il exactement ?

De toute façon, il y a-t-il urgence en la matière ? Les prix de vente du gaz de schiste sont bas aux USA, nettement inférieurs aux coûts d’exploitation. Or ceux-ci seraient nécessairement plus élevés en France, du fait des contraintes liées à la densité de population et à l’environnement. Voici pourquoi on semble temporiser tout en préparant le terrain. On n’annule pas les permis encore à l’instruction mais on laisse dire que si la fracturation hydraulique est prohibée, on n’est pas opposé à la recherche d’autres technologies. On n’insulte pas l’avenir et cela pourrait satisfaire le lobby pro gaz de schiste. L’outrance d’un Michel Rocard, ancien Premier ministre qui affirme « pour l’Europe la France serait au gaz de schiste ce que le Quatar est au pétrole (Le Monde du  10 novembre 2012) n’est paradoxalement guère partagée par Christophe de Margerie. Le PDG de Total a convenu, au micro de France Inter, le jeudi 22 novembre 2012 que « Total peut se passer de l’exploitation du gaz de schiste en France ». Total, ajoute son PDG, est présent en exploitation au Texas, en Ohio, dans la course en Argentine, au Danemark, en Pologne, en Chine. Et maintenant en Angleterre puisque le 13 janvier  2014 Total a annoncé prendre 40% dans l’exploration de deux gisements de gaz de schiste   dans le bassin du Gainsborough. Ce que le PDG de Total n’exprime pas, c’est que lorsque ces pays, l’un après l’autre, seront arrivés à saturation, l’horizon aura pu s’éclaircir en France, de quoi changer la donne!

François Hollande qui avait invité le PDG de Total lors d’un voyage en Pologne peut donc se hâter lentement en France, temporiser tout au long de son quinquennat, en attendant que les prix remontent. Sauf événement international grave qui pourrait rebattre les cartes et précipiter la voie de l’exploration et l’exploitation sur le territoire hexagonal.

Reste qu’en la matière rien n’est immuable, même lorsque l’exploitation est en cours. Le 6 novembre 2012, jour de l’élection de Barack Obama à la présidence américaine, un référendum local est passé inaperçu (6). A Longmont, ville du Colorado de 80 000 habitants, 59% des électeurs ont rejeté l’exploitation de gaz de schiste après qu’une société gazière ait voulu installer un puits près d’un collège et d’un lac. Confortés par une étude de l’université du Colorado faisant état de rejets toxiques cinq fois supérieurs aux normes dans un rayon de 800 mètres autour d’un puits, 8000 habitants avaient signé une pétition qui a eu raison de la campagne de mailing et de publicité des compagnies gazières qui avait coûté 500 000 dollars. Une leçon qui ne manquera pas d’être retenue par les collectifs français contre les gaz de schiste qui  vont devoir mobiliser dans la durée devant les discours en trompe l’oeil  qui affirment que la question de l’exploitation serait définitivement réglée. Elle ne l’est pas. En décembre 2012 le sous-préfet de Nantua a convoqué un responsable de la société pétrolière détentrice du permis des Moussières ainsi que des élus locaux. Objet de cette rencontre : examiner le renouvellement possible du permis qui arrivait à échéance le 14 mars 2013 ». La société pétrolière est supposée vouloir utiliser la fracturation hydraulique sans le dire clairement, et ne fait pas mystère de vouloir explorer le sous-sol sur deux communes du Haut-Bugey : Corcelles et Lantenay. Lantenay où justement un forage, en 1989, avait généré la pollution définitive d’une source. Mais une grande manifestation citoyenne des anti-gaz de schiste au printemps 2013 a peut-être permis de rebattre les cartes. Le préfet de l’Ain vient de donner un avis défavorable au renouvellement de ce permis. Reste au gouvernement  à confirmer

 

Le faux nez des technologies alternatives à la fracturation hydraulique

 

Devant les résistances en France, le lobby gazier et pétrolier joue la diversion, essaie de faire passer le message à la classe politique et économique : il y aura bientôt possibilité de remplacer la fracturation hydraulique par des technologies plus propres.

Electricité, gaz de propane sont évoqués. Une société intitulée « Chimera Energy » (chimère) fait également de la publicité pour la fracturation pneumatique (7). Il s’agirait de remplacer, pour la fracturation, l’eau par de l’hélium liquide qui, en repassant en phase gazeuse augmenterait son volume de 700 fois, provoquant la fracturation des roches. Cette technologie supposerait l’absence d’eau et n’empêcherait pas les risques de remontée de gaz et de produits chimiques utilisés pour maintenir les fractures ouvertes. Qui plus est, si l’hélium est abondant dans l’atmosphère, il ne l’est pas vraiment à la surface du sol. On arriverait très vite au seuil de saturation, si ce procédé n’est déjà pas une chimère en soi!

Mais pour l’heure seule la fracturation hydraulique est utilisée, et semble-t-il pour longtemps encore.

Mais rien ne décourage les promoteurs de l’introduction du gaz de schiste. C’est Louis Gallois, l’ancien PDG de la SNCF et d’EADS qui, dans son désormais célèbre rapport, plaide pour « que la recherche sur les techniques d’exploitation du gaz de schiste soit poursuivie ». Louis Gallois, ancien patron, dit « de gauche » a l’oreille des milieux économiques.

Ceux-ci semblent faire fi des avertissements venus d’outre-atlantique : « après un investissement dans les forages de 126 milliards de dollars par les 50 premières compagnies du secteur du pétrole et gaz au cours des six dernières années, le fracking (fracturation hydraulique) est en crise (8). Depuis 2008 les prix se sont effondrés de 60% pour naviguer entre 2 et 3,5 dollars le BTU (British Thermal Unit) ». Or, comme le confirme Corinne Lepage, euro-députée, le prix d’équilibre du BTU pour les entreprises se situe autour de 7 dollars. Les compagnies américaines vendent donc actuellement à perte. A quand les premiers dépôts de bilan? A quand l’effondrement de ce qui ressemble à une chaîne de Ponzi quand les investisseurs, séduits par l’Eldorado promis commenceront à retirer leurs billes ? Quels risques en cascade pour le reste de l’économie arrivée à saturation ?

L’effondrement possible de cette bulle n’a pour l’instant guère ému les esprits de notre côté de l’Atlantique. Alors qu’aux USA on  affirme que l’emploi et l’inévitable « croissance » ont été dopés par le gaz de schiste (mais combien de chômeurs après la crise à venir?), en Europe on fait état de chiffres miraculeux. Jacques Cambon a effectué une étude critique du scénario SIA Conseil qui prévoyait en septembre 2011 la création de 100 000 emplois en France. Il arrive, en se référant à des données du Marcellus Shale Education and Training Center (MSETC) à des chiffres nettement inférieurs. Selon toute vraissemblance,  pour Jacques Cambon,  la création brute d’emplois serait de quelques centaines, auxquels il faudrait rajouter le personnel étranger des entreprises de forage. Pour un nombre d’emploi limités gagnés dans ce secteur -bien loin des 100 000-  combien d’autres emplois seraient perdus dans les domaines du tourisme et de l’agriculture ?

Une nouvelle menace pointe cependant à l’horizon, peut-être dès l’après 2015. Dans la plus grande opacité la commission européenne a reçu en 2013 mandat des gouvernements européens de négocier le grand marché transatlantique Europe-USA. Les négociations pourraient se conclure par -entre autres- l’abaissement des normes environnementales. Les barrières nationales, comme la loi de 2011 en France, pourraient être rendues caduques par une législation supranationale qui prendrait le pas sur les restrictions de certains Etats membres de l’Union Européenne. Le gaz de schiste pourrait entrer par cette porte dans l’hexagone.

En tout état de cause, les dégâts sur l’environnement seraient difficilement réparables au terme d’une exploitation qui aurait été tout, sauf soutenable. Des friches industrielles subsisteraient au même titre que dans les anciennes région minières et sidérurgiques arrivées au stade de la saturation. Dans le même temps, en ayant oublié la nécessité de la transition vers une autre société non prédatrice, égalitaire et conviviale, les méfaits de l’idéologie de la croissance infinie risquent de nous frapper mortellement  en retour.

 

Michel Lévy

 

 

(1) Les permis octroyés sont ceux dits de Moussières, dont la demande de renouvellement vient  de recevoir un avis défavorale du préfet, de Gex qui arrive à échéance cette année, mais qui pourrait faire l’objet d’une demande de renouvellement. Celui à l’instruction (Préalpes) couvre une zone allant des deux départements savoyards au sud de Gap, en passant par l’Isère

 

(2) Journal « le Monde » du 14 septembre 2012 (Marie-Béatrice Baudet, Jean-Michel Bezat, Stéphane Foucart et Hervé Kempf)

 

(3) Ivan Illich : « La convivialité », Editions le Seuil (2003), pages 77 et 151. Première édition : 1973.

 

(4)Journal « Libération », 27 novembre 2012

 

(5)Revue Silence, numéro 406, novembre 2012

 

(6)Le Monde.fr (30 novembre 2012)

 

(7)Voir sur Internet « stopgazdeschiste.org ». Ce site recense toutes les informations concernant le gaz de schiste

 

(8) Fabrice Delaye, journal Natrium du 31 octobre 2O12

1 commentaire sur “Gaz de schiste : jusqu’au bout de l’impasse écologique et économique”

  1. Environ 300 000 sites à travers l’Europe sont estimés être contaminés par les activités humaines passées et présentes. En conséquence, en réponse d’un besoin croissant pour lutter contre la contamination de l’environnement, de nombreuses technologies d’assainissement ont été développés pour traiter les sols, lixiviats des eaux usées et des eaux souterraines.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.