Loi travail, impasse de l’Europe post Brexit. Positions des Syndicats et… tous/tes dans la rue le 15 sept

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http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2016/09/14/brexit-loi-el-khomri-impasse-de-l-union-europeenne-ii-51791.html

Brexit, loi El Khomri, impasse de l’Union Européenne (I)

Le 25 juin 2016, 5 minutes (Luxembourg) écrit « Le Brexit vu par Jean-Claude Juncker. Ce n’est pas la fin de l’Union Européenne », et annonce une « réunion de crise » entre les ministres des affaires étrangères des six « pays fondateurs » de la CEE : Allemagne, France, Italie et pays du Benelux.

De son côté, Le Monde rapporte notamment ce 25 juin « Le “Brexit”, une arme contre Podemos en Espagne », évoquant une offensive électorale du Parti Populaire de Mariano Rajoy, du Parti Socialiste (PSOE) et de Ciudadanos contre Podemos qu’ils présentent comme une incarnation du « populisme ». En même temps, un éditorial dans Le Monde porte le titre « “Brexit” : le vote des malmenés de la mondialisation ». Sur son site, la CGT proclame soudain « L’urgence est à l’Europe sociale ! » après avoir gardé le silence pendant quatre mois, ensemble avec les autres directions syndicales, sur le rôle de la mondialisation et de la Commission Européenne dans la genèse de la loi El Khomri.

Curieusement, comme les partis espagnols qui attaquent Podemos, la CGT s’en prend à sa façon au « populisme ». D’après son texte précité du 24 juin, la politique menée dans le cadre de la « construction européenne » aurait « ouvert en grand la porte au repli nationaliste, aux partis populistes voire xénophobes ». Un surprenant amalgame, de la part d’une organisation syndicale comme la CGT.

Les dirigeants de ce syndicat ignoreraient-ils que la « construction européenne » n’a jamais été dans la réalité autre chose que la « construction » du capitalisme à l’échelle continentale, impliquant des puissances coloniales dont l’impérialisme date du XIXe siècle et a été notamment à l’origine de deux guerres mondiales suivies encore de guerres coloniales ?

Et si les « problèmes » posés par la « construction européenne » et la mondialisation du capitalisme étaient bien connus des directions syndicales, pour quelle raison n’ont-ils pas été dénoncés devant les citoyens par les appels intersyndicaux tout au long des quatre mois de mobilisations contre le projet de loi El Khomri qui n’est qu’une conséquence très directe de ces « problèmes » ?

Même dans un message du 24 juin à l’adresse des organisations syndicales belges, les directions syndicales françaises persistent à garder le silence sur le rôle du grand capital mondialisé et des instances de l’Union Européenne. Et qui, au niveau syndical, dénonce la libre circulation des capitaux ? Simultanément, dans un communiqué de presse du 24 mai intitulé « Le vote Brexit – l’UE doit agir pour améliorer le sort des travailleurs », la Confédération Européenne des Syndicats (CES) dont font partie la CFDT, la CGT, la CFTC, FO et l’UNSA, diffuse une déclaration de son secrétaire général qualifiant le Brexit de « jour sombre pour l’Europe et pour la Grande-Bretagne ».

Que penser d’une telle prise de position, qui comporte une défense tacite de l’Europe – puissance et du grand capital rassemblé à l’échelle continentale ?

Le Brexit est-il autre chose que l’aboutissement de la passivité de longue date et de l’esprit de « participation » permanent de la part des organisations syndicales et des « gauches de la gauche » à l’égard des instances de l’Union Européenne ? A commencer par la lamentable période de la « gauche plurielle » de Lionel Jospin.

Quant à la libre circulation des capitaux, la caution syndicale et de la part des prétendues « gauches combatives » a été et reste également permanente. Aucune revendication à son encontre n’a été avancée tout au long des quatre mois de mobilisations contre la loi El Khomri. Pourquoi une telle attitude ?

On peut être surpris par le comportement des directions syndicales avant et après le Brexit. Silence radio à propos du grand capital mondialisé et du rôle de l’Union Européenne, pendant rien de moins que quatre mois, dans les communiqués intersyndicaux appelant à des mobilisations contre la loi El Khomri. Et soudain, des larmoiements le lendemain du Brexit.

Alors que précisément, la question de la politique sociale à l’échelle européenne présente un lien direct avec la loi El Khomri, la stratégie européenne en la matière étant directement à l’origine de ce projet de loi. Comment, dans ces conditions, comprendre que le rôle de la Commission Européenne n’ait pas été évoqué par les appels intersyndicaux tout au long des quatre mois de mobilisations ?

Pire, la silence autour de la libre circulation des capitaux et ses implications directes pour la loi El Khomri persiste. Que valent, dans ces conditions, les discours sur « l’Europe sociale » ? ou s’agirait-il d’une « Europe sociale » sans « trop déranger » les milieux financiers et les grandes multinationales ?

Quel est, dans la pratique, le degré réel d’indépendance de la Confédération Européenne des Syndicats et des organisations syndicales françaises par rapport au grand capital européen ? Comment comprendre que les appels intersyndicaux n’aient pas cherché à susciter parmi les citoyens une réflexion conséquente sur la stratégie du grand capital mondialisé dont le grand capital européen est une composante essentielle ?

 

Suit le message de solidarité des organisations syndicales françaises à l’adresse des organisations syndicales belges

Message des organisations CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL et FIDL

Aux organisations syndicales belges

vendredi 24 juin 2016

Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, FIDL et UNL, en lutte depuis quatre mois contre le projet de loi travail en France, saluent et soutiennent la grève et les actions organisées ce 24 juin en Belgique. Elles adressent leur solidarité à celles et ceux qui y participent, qu’ils soient salariés, jeunes, privés d’emploi ou retraités.

Votre loi travail, dite Peeters, supprime, comme la loi travail en France, la clause de faveur qui permet de faire primer en toutes situations l’accord le plus favorable aux salariés.

Ces projets de loi participent à la déréglementation des garanties collectives et mettent en péril la protection des salarié-es. Ils remettent en cause le droit à l’avenir des jeunes.

En cela, nos luttes se rejoignent et les victoires des un-es seront celles des autres.

Montreuil, le 24 juin 2016

(fin du message de solidarité)

Comment interpréter un tel silence sur le rôle de l’Union Européenne dont, précisément, Bruxelles est le siège ?

Et si le même type de projet de loi sur le travail a vu le jour dans les deux pays, peut-on raisonnablement « oublier » le rôle de la Commission Européenne ?

Précisément, des manifestations syndicales contre la politique antisociale de l’Union Européenne auraient pu depuis longtemps être organisées conjointement à Bruxelles et à Strasbourg. A fortiori, dans la période récente à propos des projets de loi sur le travail. Mais tel n’a pas été le cas.

SUITE

Brexit, loi El Khomri, impasse de l’Union Européenne (II)

 

Le 14 septembre 2016, Euronews diffuse en direct le discours annuel sur « l’état de l’Union » de Jean-Claude Juncker devant le Parlement européen, et commente notamment « Juncker “L’Union européenne en tant que telle n’est pas menacée” ». Signe précisément, d’une nécessité de rassurer face à la situation créée par le Brexit. L’Express souligne « L’UE survivra au Brexit, promet Juncker devant les députés européens ». Mais Le Point rapporte en même temps « Brexit : ignorer ses leçons, une “erreur fatale”, selon Donald Tusk », évoquant les propos du président du Conseil européen avant le premier sommet à 27 qui doit avoir lieu à la fin de cette semaine à Bratislava. La situation de crise à l’échelle européenne paraît évidente. Ouest France publie un entretien du Commissaire européen Michel Barnier avec le titre explicite « “Le Brexit reflète la dérive ultra-libérale de l’UE” ».

S’agit-il d’un ultra-libéralisme ou, tout simplement, de la politique imposée par les milieux financiers et les grandes multinationales qui contrôlent les marchés en dehors d’un quelconque libéralisme ?

Et la loi El Khomri est-elle autre chose que l’expression de cette même politique européenne ? Le Monde annonçait récemment : « Rentrée sociale sous haute tension pour Myriam El Khomri », évoquant la manifestation prévue pour le jeudi 15 septembre. Précisément, l’un des communiqués intersyndicaux appelant à cette manifestation dénonce les effets catastrophiques de la même politique dans d’autres pays européens. Force Ouvrière écrit « Loi El Khomri : quand l’Élysée tire les ficelles ». Mais qu’en est-il de l’Union Européenne qui a exigé une telle loi, et des différentes organisations internationales qui se sont exprimées dans le même sens, comme déjà évoqué dans nos précédents articles ? C’est bien le grand capital mondialisé, qui a imposé les opérations de casse sociale des décennies récentes. Mais quel en est le bilan pour les « puissances occidentales », à commencer par leur affaiblissement à l’échelle planétaire, le chômage, les tensions croissantes et le désarroi de larges secteurs de la jeunesse ? Force est d’ailleurs d’inclure également dans ce bilan la montée du terrorisme dans la période récente.

Où aura mené, tout compte fait, la mondialisation du capitalisme avec l’émigration des capitaux à la recherche des plus bas salaires et standards sociaux ? Que penser, par exemple, des records de chômage en France et de la situation de détresse qui en découle pour les jeunes ?

Le blog L’Enigme Bogdanoff de notre collègue Luis Gonzalez-Mestres a récemment consacré trois articles à la situation de la jeunesse et des étudiants en particulier : « L’Enigme Bogdanov et le chômage des jeunes (I) », « Le chômage des jeunes, un problème français et planétaire » et « L’Enigme Bogdanov et la souffrance étudiante ». Que penser, entre autres, de l’aggravation de la consommation de drogue chez les étudiants dans un contexte de stress et d’incertitudes ?

Nous avons déjà exposé et soutenu, à ce sujet, la proposition formulée dans l’ouvrage L’Enigme Bogdanov (Editions Télémaque, novembre 2015) : la suppression pure et simple du chômage par l’accès de l’ensemble de la population à une éducation de haut niveau avec une extension de la durée obligatoire des études. Que propose, de son côté, le monde politique si ce n’est encore un durcissement de la politique sociale ?

Pourtant, peut-on valablement ignorer que le terrorisme est une expression extrême de la situation de détresse et de désarroi d’un secteur de la jeunesse ? Que fait-on, concrètement, pour mettre fin à cette situation ?

La politique des « puissances occidentales » a atteint une situation de crise sans précédent dont la stratégie des trois dernières décennies est directement responsable. Sortir de cette spirale est à présent d’une grande urgence.

 

Suit la déclaration intersyndicale du 31 août 2016

Source : https://paris.demosphere.eu/rv/49095

Un mauvais projet de loi devient une mauvaise loi !

Déclaration commune CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL

La loi Travail n’est pas bonne pour les salarié-e-s et les jeunes. Elle ne le sera pas non plus pour l’économie du pays. Alors que le chômage et la précarité augmentent, en affaiblissant les conventions collectives au profit des accords d’entreprise, cette loi accroît la concurrence entre les entreprises poussant à l’alignement sur le « moins offrant » pour les salariés. Cette logique de dumping social va engendrer davantage de flexibilité et de précarité et remettre en cause nombre d’acquis sociaux.

Cette loi contrevient aux conventions 87, 98 et 158 de l’Organisation Internationale du Travail relatives à la négociation collective, aux libertés syndicales et aux licenciements.

Les organisations syndicales étudient tous les recours et moyens juridiques possibles pour s’opposer à la mise en œuvre de la loi Travail.

L’emploi, les salaires et les conditions de travail restent des préoccupations majeures pour les citoyen-ne-s.
Le chômage et la précarité sont des fléaux pour notre pays. Les créations d’emplois, dans le privé comme dans le public, sont pourtant nécessaires pour répondre aux besoins de toute la société. La stabilité et la qualité des emplois sont non seulement gage de progrès social et de qualité de vie pour les salarié-e-s et les jeunes, mais sont aussi un facteur essentiel de création d’emplois. La loi Travail tourne le dos à cet enjeu ! Tous les pays qui ont fait l’expérience d’une telle réforme du droit du travail (Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Allemagne) en mesurent aujourd’hui les conséquences néfastes.

Affaiblir le code du travail, c’est affaiblir les droits de tous les salarié-e-s !

Il est clair qu’à terme la fonction publique sera aussi concernée car nombre de règles statutaires relève de la transposition de dispositions du code du travail (dialogue social, respect de la hiérarchie des normes et des droits collectifs, temps de travail, etc.).

C’est pourquoi nos organisations continueront à mener tous les débats nécessaires avec les salarié-e-s et les jeunes pour, à l’inverse de cette loi, promouvoir d’autres propositions, obtenir son abrogation et gagner de nouveaux droits pour toutes et tous.

Pendant l’été, de nombreuses initiatives locales se sont développées et la carte postale au Président de la République a été largement utilisée. Comme nous l’avons écrit au Président de la République, « on se retrouve à la rentrée… », notamment sur les meetings et débats unitaires déjà programmés.

Les organisations dénoncent les faits de répression dont sont aujourd’hui victimes des militant-e-s syndicaux-ales, des jeunes, des salarié-e-s et des agents publics.

Les organisations syndicales de salarié-e-s et de jeunesse CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL appellent les salarié-e-s, privé-e-s d’emploi, étudiant-e-s, lycéen-ne-s, retraité-e-s à se mobiliser massivement pour réussir la journée d’actions du 15 septembre contre la loi Travail, selon des modalités décidées localement (rassemblements, manifestations, grèves, etc…), pour obtenir l’abrogation de cette loi et conquérir de nouvelles garanties et protections collectives.

Les Lilas, le 31 août 2016

(fin de la déclaration commune CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDI)

 

 

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