Adieu à la croissance

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Adieu à la croissance

 

Depuis des décennies, et encore aujourd’hui, la croissance économique nous est présentée comme la solution de tous les grands problèmes du monde et de chacun. Le chômage? On ne pourrait le réduire qu’avec plus de croissance. Les retraites d’ici à 2050. Tout s’arrangerait avec une croissance à perte de vue.

La dette publique

? Même argument. La pauvreté, les inégalités excessives et la faim dans le monde

? On ne pourrait les combattre qu’avec la croissance. Et pour surmonter la crise écologique, un remède s’imposerait : la «croissance verte La croissance est devenue croyance, culte, baume miracle pour tout panser sans avoir à penser. Ce livre défend une thèse opposée

: la croissance est un concept attaché à un monde en voie de dépérissement, et sa poursuite obsessionnelle nous prépare des lendemains qui déchantent. Mais des

voies alternatives crédibles sont à portée de la main. Le culte de la croissance est fondé sur l’oubli des principaux enjeux sociétaux: toujours plus de quoi, pour qui, et avec quelles conséquences ?
Il nous interdit d’envisager d’autres hypothèses: la croissance ne serait-elle pas devenue un facteur de crise, un obstacle au progrès, une menace?
Peut-on imaginer un monde bien meilleur parce que débarrassé de ce culte, une «

prospérité sans croissance», en tout cas dans les pays «riches», au sens usuel de la richesse économique? Peut-on aller vers un plein-emploi de qualité et garantir une bonne protection sociale sans croissance? Nous répondrons positivement à toutes ces questions, en évoquant aussi le cas des pays pauvres.

La contestation atteint les économistes

L’histoire de la pensée économique est riche en contestataires de la croissance infinie. Mais, jusqu’à présent, leurs idées ont été refoulées. Le capitalisme a su, en y mettant d’énormes moyens, utiliser la croissance comme grand argument de vente et de preuve de sa supériorité. Il est parvenu à ancrer dans les esprits l’idée d’une relation étroite entre croissance et progression universelle du bien-être. Ses acteurs dominants savent que la foi en la croissance est la première condition de l’attachement au système.

Pourtant, certains grands économistes qui n’avaient rien d’anticapitalistes se sont exprimés sur les limites de la croissance. C’est le cas de Keynes, dans les Perspectives économiques pour nos petits-enfants(1930). Un texte superbe, rejoignant certains élans de Marx. Anticipant en effet que les petits-enfants de sa génération seraient environ huit fois plus riches qu’à son époque, Keynes estimait que, avec cette abondance matérielle, «il sera temps pour l’humanité d’apprendre comment consacrer son énergie à des buts autres qu’économiques

»… «

L’amour de l’argent comme objet de possession, qu’il faut distinguer de l’amour de l’argent comme moyen de se procurer les plaisirs et les réalités de la vie, sera reconnu pour ce qu’il est: un état morbide plutôt répugnant, l’une de ces inclinations à demi criminelles et à demi monde soutenable, et à ce qu’il faudrait entreprendre

sans tarder pour enclencher cette grande bifurcation.

Mais, pour ces scénarios alternatifs post-croissance, une condition est nécessaire, sans être suffisante une forte réduction des inégalités sociales, dans le

monde et dans chaque pays (troisième partie). Faute de remplir cette condition, on n’atteindra pas les objectifs de reconversion, et en particulier on ne résoudra

pas la crise écologique. Sur le simple plan logique, il serait d’ailleurs curieux que ceux qui mettent en avant l’équité entre les générations fassent passer au second rang la pauvreté et les inégalités dans le monde aujourd’hui, c’est-à-dire l’équité au présent.Il ne fait guère de doute que les modes de production et les modes de vie devront être profondément modifiés dans les années et décennies qui viennent. Il

va falloir, en moyenne, adopter des solutions qui, selon les Nations unies, permettent de diviser par cinq d’ici à 2050 les émissions de gaz à effet de serre des pays

dits développés; qui réduisent dans de fortes proportions les transports automobile et aérien, le commerce international sur de longues distances, l’usage de ressources fossiles, d’eau et de matières premières, la consommation de viande bovine et de poisson,etc.

Mais la référence à la moyenne laisse entière la question de savoir qui sera prioritairement affecté par ces limitations. L’avenir soutenable n’est nullement dans la réduction de tout, dans l’appauvrissement général et la pénurie, bien au contraire, mais il y aura à la fois des facteurs de développement du bien-être et des diminutions de consommation matérielle dans certains domaines. La réduction des inégalités est absolument décisive pour que tous accèdent à des modes de vie soutenables et désirables

La croissance : un remède à tous les maux !


Tel est le discours martelé par nos dirigeants depuis des décennies, qu’il s’agisse de réduire le chômage, de régler le problème des retraites, de résorber les inégalités ou de surmonter la crise écologique.
Et si la croissance n’était pas la solution, mais le problème ? Elle est désormais un facteur de crise, une menace pour la planète et un obstacle au progrès.
Faut-il pour autant nous résoudre à une austérité punitive ?
Certes non, affirme Jean Gadrey, qui prône une société privilégiant le « mieux-être » et non le « plus-avoir ». Une société qui doit, et peut, viser le plein-emploi ainsi qu’un haut niveau de protection sociale pour tous.
C’est le chemin d’une autre prospérité qui est ici proposé, plus juste, moins violente et donc réellement durable.

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